mardi 23 septembre 2008

Bernard Manciet

''Tends-moi cette main, que j’en lise les lignes. Le pouce, vois, c’est la côte cantabre, et jusqu’à l’index la côte landaise. Ici, regarde, tu as la Garonne, et l’Adour. Entre les deux, rien, sauf de la lande, de la forêt désertes. Sur ce rien, je vaticine. Là subsiste, sache-le, une peuplade bafouée par l’Histoire. Moi, je lui donnerai mieux : de la légende. Elle parle, dit-on, un langage de brutes, inadmissible. J’ai voulu le faire chanter. On l’a considérée comme perdue, morte, avec sa langue, ses coutumes, sa foi. Je l’enterre, mais je l’enterre vivante.'' Rien. Mais toutefois assez de couleurs, celle des incendies, des nuages violents, des péchés truculents ; et assez d’ombres, celle des pluies interminables, des impénitentes superstitions, des secrets obstinés, pour que j’en gâche le mortier d’un cérémonial exagéré et absurde, puisqu’il va disparaître avec un peuple, avec son fatras magnifique. Prends garde : n’en sois pas trop sûr."


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