lundi 22 février 2010

"Sous le tracé de l'A65, le passé en puzzle"


Article Sud Ouest:

Avant que les bulldozers n'envahissent le site, ils étaient seuls maîtres des lieux. D'août 2007 à septembre dernier, une cinquantaine d'archéologues a remué ciel et surtout terre sur prescription de l'État, en préambule à la construction de l'autoroute de Gascogne, ce monstre de bitume qui traversera trois départements (Gironde, Landes et Pyrénées-Atlantiques) dans quelques mois. Sur les 150 km du tracé, l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a réalisé près de 102 km de diagnostics archéologiques. Car le diagnostic, comme en médecine, est la première étape d'un long parcours.

« Il s'agit - avant de débuter des travaux et afin de ne pas les interrompre par la suite - de savoir si le terrain renferme des traces d'occupations humaines, explique Jean-François Chopin, spécialiste de la protohistoire. Si nous trouvons quelque chose, l'État décide s'il convient d'engager une fouille. »

6 000 sondages

Dans le cas du chantier de l'A 65 de Langon à Pau (pas seulement dans les Landes), un peu plus de 6 000 sondages de 2 mètres de large pour 20 mètres de long en moyenne ont été ouverts à la pelle mécanique, couvrant environ 3 % de l'emprise du projet autoroutier. 48 indices de site ont été identifiés comme devant être présentés en Commission interrégionale de la recherche archéologique (Cira), en vue de la prescription éventuelle par l'État d'une campagne de fouille archéologique préventive.

Au final, seules 31 fouilles ont été préconisées. L'Inrap en a réalisé 14. Les 17 autres étant menées par des opérateurs privés. « Nous avons commencé le diagnostic début août 2007 et terminé les derniers sondages en septembre 2009, précise Nadine Beague, spécialiste du Moyen Âge. Les fouilles ont eu lieu simultanément afin de gagner du temps. » Deux d'entre elles ont donné lieu à la création de zones de réserve archéologique par l'aménageur, A'liénor.

Phase d'études

Aujourd'hui, les archéologues planchent sur les premiers résultats des fouilles. « La phase de terrain est terminée », sourit David Colonge, spécialiste de la préhistoire. Dans les Landes, les découvertes recouvrent différentes époques. D'abord, la protohistoire, c'est-à-dire les âges du bronze et du fer. À Roquefort, au lieu-dit Barbiegn, en bordure du vallon de la Douze, du mobilier céramique épars a été trouvé tandis qu'à Miramont-Sensacq, la fouille a mis au jour une probable palissade élaborée à l'aide de poteaux en bois.

Ensuite, la préhistoire (de l'apparition de l'homme à celle de l'écriture). Un peu moins d'un quart des sites mis au jour la concerne. Au Vignau, au lieu-dit Romentère, 5 500 pièces archéologiques, principalement en quartzite et de petite taille, ont été découvertes.

L'Antiquité (de l'invention de l'écriture au début du Moyen Âge) est quant à elle peu présente. Le Moyen Âge est représenté par quelques traces jouxtant des zones d'habitat actuel. Une voie de galets qui pourraient appartenir à une exploitation agricole médiévale a été découverte au lieu-dit Califas à Cazères. Sur ce même site, du mobilier céramique se rattachant aux productions des XIVe et XVe siècles a été trouvé dans les fossés.

« Nous avons aussi trouvé des sépultures, de nombreux objets, termine Jean-François Chopin qui a été responsable des fouilles menées à Miramont-Sensacq. Parfois ce qui paraît spectaculaire aux yeux du public, ne l'est pas forcément pour les archéologues. » Souvent, ne rien trouver en dit paradoxalement beaucoup plus.

série Elle sera là en octobre 2011. La future autoroute A 65 trace depuis deux ans son sillon dans les Landes. Conséquences économiques, écologiques et même archéologiques, impact sur les hommes qui y travail-lent ou les paysages qu'elle traverse : en huit volets, le point sur cette bande de bitume qui va fatalement tout changer.

Plus de 2 000 diagnostics annuels pour l'Inrap

Basé à Paris, l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a été créé en 2002 en application de la loi sur l'archéologie préventive. Il assure la détection et l'étude du patrimoine archéologique touché par les travaux d'aménagement du territoire.

Avec 2 000 collaborateurs et chercheurs (dont 1 500 archéologues), l'Inrap est la plus importante structure de recherche archéologique française et l'une des toutes premières en Europe. L'Institut réalise ses diagnostics et ses fouilles en partenariat avec les aménageurs privés et publics, ce qui représente plus de 2 000 chantiers de diagnostics et 300 fouilles par an en France métropolitaine et dans les départements d'outre-mer.

Par ailleurs, l'Inrap exploite et diffuse l'information auprès de la communauté scientifique et concourt à l'enseignement, la diffusion culturelle et la valorisation de l'archéologie auprès du public.

Établissement public de recherche, il est placé sous la tutelle des ministères de la Culture et de la Communication et de la Recherche. L'Inrap est fort de 8 directions interrégionales et 50 centres archéologiques dans l'Hexagone.



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